Diligence raisonnable en matière de droits de l'homme dans l'agriculture : de la conformité à l'impact
- Réseau d'agriculture durable

- 29 décembre 2025
- 4 min de lecture
Pourquoi l’agriculture est au cœur des risques liés aux droits de l’homme
L’agriculture est au cœur du risque mondial en matière de droits de l’homme. Elle emploie des centaines de millions de personnes, dont beaucoup sont des travailleurs informels, migrants ou familiaux. Elle opère dans des régions reculées où la gouvernance est faible, la surveillance limitée et les inégalités profondément ancrées. La terre, le travail, le genre et le pouvoir se croisent quotidiennement dans les systèmes agricoles.
En conséquence, certains des risques les plus graves en matière de droits de l’homme —travail des enfants, travail forcé, conditions de travail dangereuses, dépossession des terres, discrimination et salaires de misère— sont concentrés dans les chaînes d’approvisionnement agricoles. Faire face à ces risques n’est pas facultatif. Il est fondamental pour des systèmes alimentaires éthiques, résilients et conformes à la loi.

L’essor de la diligence raisonnable obligatoire
La diligence raisonnable en matière de droits de l’homme est rapidement passée d’une orientation volontaire à une exigence légale. Des cadres tels que les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et les Orientations de l’OCDE en matière de diligence raisonnable ont jeté les bases. De nouvelles réglementations —notamment la directive européenne sur la diligence raisonnable en matière de développement durable des entreprises— transforment les attentes.
On attend désormais des entreprises non seulement qu’elles identifient les risques, mais aussi qu’elles préviennent, atténuent et réparent les dommages. Fondamentalement, la responsabilité s’étend au-delà des opérations directes jusqu’aux chaînes d’approvisionnement. Pour l’agriculture, cela signifie faire face aux risques intégrés au niveau de l’exploitation, où la visibilité est la plus faible et la complexité la plus élevée.
La conformité n’est plus une question de déclarations politiques. Il s’agit d’un impact démontrable.
Pourquoi les listes de contrôle échouent dans l’agriculture
Les modèles de conformité traditionnels sont en difficulté dans l’agriculture. Les approches fondées sur l’audit capturent souvent des indicateurs superficiels tout en omettant les facteurs systémiques de préjudice. Les risques peuvent être documentés à plusieurs reprises sans être réduits. Les agriculteurs et les travailleurs peuvent se conformer temporairement à l'inspection, pour revenir ensuite une fois les auditeurs partis.
Cet échec n’est pas dû à un manque d’effort, mais à une inadéquation entre les outils et la réalité. Les risques liés aux droits humains agricoles sont profondément liés à l’insécurité des revenus, au régime foncier, aux normes de genre et à la vulnérabilité climatique. Ils ne peuvent pas être éliminés par la seule surveillance.
Une diligence raisonnable efficace doit donc aller au-delà des listes de contrôle et s’orienter vers un changement structurel.
Les droits de l’homme et les moyens de subsistance sont indissociables
De nombreux risques pour les droits de l’homme dans l’agriculture proviennent de la pression économique. Lorsque les agriculteurs gagnent moins qu’un revenu vital, ils peuvent compter sur le travail familial non rémunéré ou sur le travail des enfants. Lorsque les travailleurs gagnent moins qu’un salaire décent, des conditions dangereuses ou exploitantes persistent. Lorsque les droits fonciers ne sont pas garantis, les communautés sont déplacées sans recours.
Traiter les droits de l’homme comme des violations isolées occulte leurs causes profondes. La protection des droits nécessite de s’attaquer aux moyens de subsistance, aux déséquilibres de pouvoir et à l’accès aux ressources. Dans l’agriculture, la durabilité sociale et la durabilité économique sont indissociables.
De l'identification des risques à la réduction des risques
Une diligence raisonnable significative en matière de droits de l’homme se concentre sur les résultats, et pas seulement sur les processus. Cela signifie donner la priorité aux risques les plus graves, interagir directement avec les parties prenantes concernées et vérifier si les dommages sont réellement réduits au fil du temps.
Pour l’agriculture, cela nécessite un engagement à long terme auprès des producteurs, des travailleurs et des communautés. Cela signifie renforcer les mécanismes de réclamation qui sont accessibles et fiables. Il s’agit d’intégrer les considérations relatives aux droits de l’homme dans les stratégies d’approvisionnement, et non de les limiter aux départements de RSE.
La diligence raisonnable réussit lorsqu’elle modifie les conditions sur le terrain, et non lorsqu’elle génère des rapports.
Le rôle de la responsabilité partagée
Aucun acteur ne peut à lui seul éliminer les risques liés aux droits de l’homme dans le seul secteur agricole. Les agriculteurs opèrent au sein de systèmes de marché qu’ils ne contrôlent pas. Les acheteurs influencent les prix, les normes et les délais. Les gouvernements façonnent les lois du travail, les systèmes fonciers et les capacités d’application.
La diligence raisonnable en matière de droits de l’homme exige donc une responsabilité partagée. Les entreprises doivent aligner leurs pratiques d’achat sur les attentes en matière de droits de l’homme. Les gouvernements doivent appliquer des protections. Les investisseurs doivent récompenser la création de valeur à long terme plutôt que l’extraction à court terme.
Lorsque la responsabilité est transférée vers le bas sans soutien, les risques persistent. Là où il est partagé, le progrès devient possible.
Pourquoi une diligence raisonnable crédible renforce les entreprises
Une forte diligence raisonnable en matière de droits de l’homme est souvent présentée comme un coût ou une contrainte. En réalité, cela renforce les chaînes d’approvisionnement. La réduction des risques liés au travail réduit les perturbations opérationnelles. Des droits fonciers sûrs stabilisent les régions d’approvisionnement. Un traitement équitable renforce la confiance et les partenariats à long terme.
À mesure que le contrôle réglementaire et le risque de litige augmentent, les entreprises qui investissent dans une diligence raisonnable crédible sont mieux placées pour s’adapter. Ceux qui s’appuient sur une conformité superficielle sont confrontés à une exposition juridique, financière et réputationnelle croissante.
La diligence raisonnable en matière de droits de l’homme ne consiste donc pas seulement à éviter les dommages — il s’agit de construire des chaînes d’approvisionnement résilientes et prêtes pour l’avenir.
Pourquoi le moment est venu d’avoir un impact
La convergence de la pression réglementaire, du contrôle des investisseurs et des attentes de la société civile a créé un tournant. Les entreprises qui retardent leur action risquent d’être dépassées par des exigences de conformité auxquelles elles ne sont pas préparées à se conformer.
Dans le même temps, les communautés agricoles sont confrontées à une pression croissante due au changement climatique, à la hausse des coûts et aux changements démographiques. Sans action intentionnelle, les risques liés aux droits de l’homme s’intensifieront plutôt que de diminuer.
Ce moment exige un passage de la conformité procédurale à l’impact dans le monde réel.
Conclusion : La diligence raisonnable comme transformation
La diligence raisonnable en matière de droits de l’homme dans l’agriculture doit évoluer d’un exercice défensif vers un moteur d’amélioration systémique. La conformité est nécessaire, mais insuffisante. Ce qui compte, c’est de savoir si les agriculteurs, les travailleurs et les communautés bénéficient de conditions plus sûres, d’un traitement plus équitable et d’une plus grande sécurité.
Lorsque la diligence raisonnable est intégrée au fonctionnement des systèmes alimentaires — à la manière dont la valeur est partagée, à la manière dont les risques sont gérés, à la manière dont les voix sont entendues — elle devient une force de changement positif. Dans l’agriculture, cette transformation n’est pas seulement possible ; elle est essentielle.
À propos du Réseau de l’Agriculture Durable
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Grâce à une collaboration radicale, SAN met en relation agriculteurs, entreprises, chercheurs et société civile pour co-créer des solutions qui relèvent les défis les plus urgents du monde — depuis Changement climatique et perte de biodiversité à cause des inégalités sociales. Les efforts collectifs de notre réseau ont déjà contribué à transformer plus de 40 millions d’hectares de terres agricoles, favorisant des progrès mesurables vers des systèmes alimentaires régénératifs et inclusifs.
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